Le STR, ou plus précisément €STR (Euro Short-Term Rate), est le taux d’intérêt de référence au jour le jour pour la zone euro. Calculé et publié par la Banque centrale européenne (BCE), il reflète le coût réel auquel les banques empruntent de l’argent entre elles sur une durée très courte. Depuis le 3 janvier 2022, l’€STR a définitivement remplacé l’ancien taux Eonia.
Un taux calculé sur des transactions réelles, pas sur des déclarations
Ce qui distingue l’€STR des anciens indices interbancaires, c’est sa base de calcul. Les indices précédents s’appuyaient sur des estimations fournies par un panel de banques. L’€STR repose sur des opérations de dépôt au jour le jour effectivement réalisées sur le marché monétaire en euro.
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Chaque jour, la BCE collecte les données de ces transactions auprès des banques de la zone euro. Elle publie ensuite une moyenne pondérée par les volumes échangés, ce qui écarte le risque de manipulation qui avait fragilisé d’autres références.
La publication intervient chaque matin ouvré à 8 heures, sur la base des opérations de la veille. Seuls les jours d’ouverture de la plateforme de paiement TARGET sont concernés, soit du lundi au vendredi hors jours fériés de l’Eurosystème.
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€STR et taux directeurs de la BCE : une relation proche mais imparfaite
L’€STR évolue dans l’orbite du taux de la facilité de dépôt de la BCE. Ce taux directeur fixe la rémunération que les banques obtiennent lorsqu’elles placent leurs excédents de liquidités auprès de la banque centrale pour une nuit.
Logiquement, aucune banque ne devrait accepter de prêter à un taux inférieur à ce qu’elle percevrait en déposant directement auprès de la BCE. L’€STR devrait donc se maintenir très près de ce plancher.
Un écart persiste néanmoins, et la BCE le commente régulièrement dans ses analyses des conditions de liquidité. Plusieurs éléments l’expliquent :
- Certains établissements financiers actifs sur le marché monétaire n’ont pas accès à la facilité de dépôt de la BCE, ce qui les amène à accepter une rémunération légèrement plus basse
- Le volume total de liquidités en circulation dans le système bancaire pèse sur les taux au jour le jour
- Les fins de trimestre ou de période de réserve obligatoire créent des tensions ponctuelles qui modifient cet écart
Cet écart fonctionne comme un baromètre pour les analystes du marché monétaire. Quand il se creuse, il signale des tensions de liquidité au sein du système bancaire.
Les moyennes composées : adapter l’€STR aux contrats de plus longue durée
Un contrat de prêt ou un produit structuré couvre rarement une seule nuit. Le taux €STR quotidien ne suffit donc pas à tous les usages. La BCE publie pour cette raison des moyennes composées de l’€STR sur différentes périodes, ainsi qu’un indice cumulé.
Ces moyennes composées agrègent les taux quotidiens successifs pour produire un taux applicable sur une semaine, un mois ou trois mois. Une entreprise ayant contracté un prêt à taux variable indexé sur l’€STR utilise cette moyenne comme base de calcul des intérêts sur chaque échéance.
L’indice cumulé associé simplifie les choses. Il accumule la valeur de l’€STR jour après jour, ce qui permet de calculer les intérêts entre deux dates quelconques sans reconstituer manuellement chaque taux quotidien.
Ce que l’€STR change concrètement pour les emprunteurs et les épargnants
L’€STR ne concerne pas uniquement les salles de marché. Son influence touche l’économie réelle par plusieurs voies.
Pour les emprunteurs professionnels, l’€STR sert de référence dans de nombreux contrats financiers :
- Les prêts bancaires à taux variable peuvent être indexés sur l’€STR plutôt que sur l’Euribor, avec un spread fixe ajouté par l’établissement prêteur
- Les produits dérivés de taux (swaps, futures) l’utilisent comme sous-jacent pour couvrir ou anticiper l’évolution des taux courts
- Les lignes de trésorerie et placements monétaires de court terme suivent directement ses mouvements
Un emprunteur qui signe un contrat indexé sur l’€STR + 1,5 % sait que la composante variable de son taux reflète les conditions du marché interbancaire au jour le jour, et non une décision unilatérale de sa banque. Les épargnants sont aussi concernés, puisque les taux courts influencent indirectement la rémunération de plusieurs produits d’épargne réglementée.

De l’Eonia à l’€STR : les raisons d’un remplacement
L’Eonia (Euro Overnight Index Average) a fonctionné comme taux de référence au jour le jour pendant plus de vingt ans. Les scandales de manipulation de taux dans le secteur financier ont mis en lumière ses faiblesses structurelles.
Le panel de banques contributrices était restreint, et le volume de transactions sous-jacentes avait fortement diminué avec le temps. La BCE a conçu l’€STR pour s’appuyer sur un périmètre de données beaucoup plus large et sur des opérations vérifiables.
Durant la période de transition, l’Eonia a été recalculé comme l’€STR majoré d’un écart fixe. Sa publication a cessé définitivement le 3 janvier 2022, faisant de l’€STR l’unique taux de référence au jour le jour pour la zone euro.
Ce passage d’un indice déclaratif à un indice transactionnel a imposé la mise à jour de milliers de contrats existants. Il a aussi renforcé la solidité du socle sur lequel repose l’ensemble de la courbe des taux en euro, un changement dont les effets se répercutent sur tous les instruments financiers libellés dans cette devise.

